Nous aidons la Technologie et l'Enseignement de la Technologie dans nos Ecoles et Lycées grâce à vos dons, vos legs et partenariats
Sélectionner une page
Nous aidons la Technologie et l'Enseignement de la Technologie dans nos Ecoles et Lycées grâce à vos dons, vos legs et partenariats

Les mystères de l’argadz par Diego 15-91 An 199

Accueil » Patrimoine » Vocabulaire Gadzarts » Les mystères de l’argadz par Diego 15-91 An 199

Cette année, les membres de la promotion Angers 199 vont devenir Archis. Tout le monde croit savoir ce que cela signifie, mais qui sait ce qui se cache derrière ce terme ? Et les expressions d’argadz que nous employons couramment, qui peut dire d’où elles nous viennent ?

Ce mot, repris du terme grec arché (signifiant premier ou ancien), est en fait commun aux grandes écoles, où il désignait l’élève de quatrième année, l’archicube, qui dominait le bizuth de première année, le carré de seconde et le cube de troisième. Les variations successives de la durée des études lors des nombreuses réformes vécues au cours des siècles aux Arts et Métiers l’ont probablement conduit à désigner les anciens élèves. On peut aussi envisager une autre hypothèse plus romanesque en rapprochant archi d’archisuppôt. En effet, il y a près de trois siècles, ce mot désignait un haut dignitaire de l’ancienne truanderie : l’Archisuppôt de l’argot. On en trouve cette savoureuse définition dans le Langage de l’argot réformé : ” Les archisuppôts sont ceux que les Grecs appellent philosophes, les Hébreux scribes, les Latins sages, les Égyptiens prophètes, les Indiens gymnosophistes, les Assyriens chaldéens, les gaulois druides, les Perses mages, les Français docteurs. En un mot, ce sont les plus savants, les plus habiles marpeaux de toutine l’argot, qui sont des écoliers débauchés, et quelques ratichons, de ces coureurs qui enseignent à rouscailler, bigorner, qui ôtent, retranchent et réforment ainsi qu’ils veulent, et ont aussi puissance de trucher sur tout le toutine sans ficher quelque floutière. “

A l’opposé temporel de l’Archi se trouve le conscrit. Ce mot désigne donc communément l’élève de première année aux écoles militaires, ce qui fût longtemps le cas des Arts et Métiers. Et ce terme existe toujours dans diverses écoles. L’Argot de l’X donne la définition suivante : ” Le conscrart ne devient conscrit qu’après avoir subi les épreuves de l’absorption, du bahutage, suivant l’expression moderne, après avoir passé devant la comiss, et avoir entendu la lecture de sa cote sur l’estrade le jour de la séance des cotes. Jusque-là, il a été basculé, absorbé, bahuté, en un mot brimé par les anciens. “

Dans le même registre, voici deux mots toujours en usage au Prytanée militaire, qui présentent des similitudes fortes avec le vocabs des PG : Pshiter : exprimer son appréciation en faisant pshhhhhhhhh ou en dessinant des flèches vers l’extérieur aux quatre coins d’un mot. Cf exemple ci contre ! Bziter : exprimer son mécontentement en faisant bzzzzzz ou en dessinant des flèches vers l’intérieur aux quatre coins d’un mot. Cf exemple ci contre !

D’autres mots d’argadz sont eux issus de l’argot populaire des siècles derniers, dont ils ont maintenant disparu, et sont en quelque sorte figés depuis lors dans le carns étalon. Ainsi, lourde est déjà attestée dans le sens de porte dès l’an de grâce 1626 dans les œuvres d’un certain Chéreau). La double apocope de cabinets a elle créé bins vers 1893. De même, fouille est l’abréviation de fouillouse : Rabelais écrivait par exemple, pour exprimer un manque d’argent, plus d’aubert n’estoit en fouillouse.

Subsistent également des termes dont le sens a évolué comme peks, désignant en premier lieu toute personne non militaire. L’origine de ce mot n’est pas l’hypothétique existence d’une rue de la Chine à la sortie du tabagns de Cluny, mais un fait historique ancien. Vers 1860, les Français interviennent en Chine contre les Taï-Pings et mettent en sac le Palais d’été à Pékin où plus d’un objet fut ‘débarrassé’. Sous le Second Empire, quand un soldat est ‘libéré’ de ses obligations militaires, qu’il en est débarrassé, il redevient pékin. Biaude est quant à lui le mot du patois bourguignon désignant une blouse, comme l’écrivait Theuriet : ” En tirant de sous sa biaude un mauvais pistolet qu’il avait acheté à Langres, Fleuriot l’avait déchargé sur Catherine, qui était tombée sanglante au long de la porte. ” Le Dictionnaire du français régional de Bourgogne apporte dans sa définition les précisions suivantes : blouse portée par les paysans qui se rendaient à la foire en Morvan (sur les anciennes cartes postales, ils portent toujours ce vêtement) ; aujourd’hui c’est le vêtement traditionnel des éleveurs et des maquignons ; terme également utilisé par dérision pour un vêtement trop long ou trop ample. Peut-être d’origine germanique, à rapprocher de l’ancien français bliaut qui désigne la tunique des femmes.

A l’issue de cette recherche, certains mots courants d’argadz restent encore d’origine obscure : béquiller, buquer, décaler, gnasser. Les œuvres de Vidocq, bagnard devenu chef de la sûreté au début du 19ème siècle, nous apprennent que béquiller, traduit par le carns du PG en manger, voulaient alors dire pendre haut et court. Buquer est un terme de l’argot des voleurs désignant l’escroc qui demande de la monnaie à un comptoir et reprend sa pièce en soutenant qu’elle a été reçue et encaissée : le lien avec l’équivalent gadzart semble ténu. Décaler daterait de l´époque des charrettes, où il fallait immobiliser les chariots par des cales, puis les enlever pour repartir : certaines casernes de pompiers utilisent encore aujourd´hui le mot décaler pour désigner un départ en intervention. Gnasser est quant à lui aussi obscur dans son origine que dans sa mise en application par certains PG ; les termes les plus proches sont gniasse, signifiant moi ou je en argot des voleurs, et gniaffer, travailler mal et maladroitement : peut-être ce terme était-il employé pour moquer les actions malhabiles des conscrits…

On ne peut pas clore cette enquête sans évoquer le mot charrue. Les sources clunsoises identifient comme la plus probable l’hypothèse suivante. Aux temps glorieux des Arts et Métiers, les gadzarts birsois prenant le train Paris-Lille passaient non loin de Liancourt, berceau de l’Ecole. Afin de rendre hommage au Duc de La Rochefoucauld, décédé depuis peu, ils respectaient une minute de silence dès qu’ils apercevaient depuis leur wagon les bâtiments de la ferme de Liancourt et que le premier d’entre eux à la distinguer lançait ce cri désormais célèbre : charrue. Voilà donc résolu le mystère de ce cri primal qui a depuis marqué des générations de gadzarts…

Diego 15-91 An199 dit Xavier Denis